1. Politiques d’aménagement et durabilité

Le programme de recherche sur l’action publique fait partie des programmes les plus anciens de RIVES. Il est issu d’un important investissement de l’ENTPE, dès la fin des années 1980, dans l’évaluation des politiques publiques et procède de l’intérêt historique des gestionnaires du ministère de l’Équipement – aujourd’hui Écologie et Développement durable – pour la thématique du « management public ».

Le programme de recherche de la composante RIVES de l’UMR EVS s’est principalement développé autour de trois thématiques : d’une part, les outils quantitatifs du gouvernement ou de l’évaluation des politiques, en lien avec les activités d’ingénierie auxquelles sont appelés la plupart des étudiants de l’ENTPE, d’autre part, les nouvelles formes de gouvernance urbaine qui modifient la place des ingénieurs sur les territoires. Ce second programme a récemment connu une inflexion vers les actions de développement de la socialisation politique ou de promotion de la citoyenneté, en lien avec la chaire UNESCO « Politiques urbaines et citoyenneté ». Enfin, une interrogation transversale concerne le travail des élites.

L’impératif de la durabilité oblige à un renouvellement de ces analyses. Il s’impose en effet avec une force particulière dans les politiques d’aménagement, au travers non seulement d’objectifs environnementaux, tels que la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans les transports ou la lutte contre l’étalement urbain, mais aussi au travers d’exigences nouvelles pour les modes de gouvernement, avec une volonté affirmée de mieux prendre en considération les citadins et leurs points de vue.

Concernant les outils quantitatifs de pilotage ou d’évaluation des politiques publiques, les restructurations et les créations nouvelles ont été légion : indicateurs des agendas 21 et des plans climat, création de labels écologiques dans le secteur de la construction, de l’habitat ou de l’urbanisme, évolutions des enquêtes ménages déplacements, mesure de la consommation d’espace, etc. Le programme de recherche se focalise sur les mécanismes qui ont conduit à rouvrir les « boîtes noires » de ces indicateurs de l’action publique d’aménagement afin d’y faire entrer la composante de la durabilité. Qui ont été les acteurs de cette réouverture ? Comment les nouvelles conventions de comptage ou d’évaluation ont-elles été élaborées ? Quels intérêts ou enjeux ont été tenus à l’écart de cette recomposition ?

En matière de gouvernement des territoires, la durabilité a été l’occasion de discours nombreux affirmant la nécessité de démocratiser les modes de production de l’action publique, que ce soit « par le bas » ou par le biais de nouveaux dispositifs institutionnels. Comment les évolutions des gouvernements locaux, les recours toujours plus nombreux aux acteurs du monde associatif ou du monde économique redistribuent-ils la « propriété » des problèmes publics ? Comment pèsent-ils sur la formulation et la mise en œuvre de l’action publique ? Dans ce cadre, les dispositifs visant à l’empowerment des populations ainsi qu’à leur participation politique accrue (mouvement du community organizing dans les pays anglo-saxons), ou encore les mobilisations collectives localisées, retiennent particulièrement l’attention des chercheurs de RIVES. Ils interrogent également les relations entre les différentes échelles ou niveaux de l’action, et notamment la tension entre la nécessité d’actions centralisées et l’exigence d’un pouvoir distribué localement.

Chercheurs concernés : F. Bardet, F. Belmessous, E. Charmes, P. Genestier, F. Lafaye, E. Martinais, A. Purenne, V. Veschambre. Doctorants : H. Balazard, F. Beauvais, B. Benbouzid