2. Risques et sécurité en milieu urbain

Les thématiques du risque environnemental (dit « naturel » ou « technologique ») d’une part, de la sécurité (au sens du respect de la paix publique et de la tranquillité), d’autre part, se sont développées de façon relativement autonome au sein de RIVES. Leur rapprochement au sein d’un même axe de recherche permet de faire émerger de nouveaux questionnements et d’étayer davantage d’éventuelles montées en généralité.

 

Les deux approches ont en commun de constituer en objet de recherche les modalités selon lesquelles des acteurs sociaux très divers « construisent » un problème à partir d’un danger donné – danger dont la définition ne va par ailleurs pas de soi –, puis cherchent, avec les moyens à leur disposition (juridiques, techniques, pratiques, adossés ou non à des champs de connaissance et d’expertise spécifiques), à en contrôler les effets éventuels. À des fins de clarification, on réservera l’usage du mot « danger » aux phénomènes physiques ou sociaux susceptibles de se concrétiser (explosion d’origine industrielle, avalanche ou inondation, acte délictueux particulier), appréhendés tant dans des situations de crise que dans leur quotidienneté, celui de « risque » au travail spécifique d’anticipation de certains acteurs, tant publics que privés, tant institutionnels qu’individuels, généralement dénommé « gestion des risques ».

 

Les deux domaines ont également en commun une double composante technique et réglementaire. La dimension technique réside dans le fait que la gestion du risque et de la sécurité repose en partie sur des savoirs scientifiques et techniques circonscrits (hydrologie et climatologie pour les inondations, compétences industrielles pour les risques technologiques…), voire sur une instrumentation spécifique (p. ex. instruments de mesure et systèmes automatiques d’alerte, technologies de vidéosurveillance…). La dimension réglementaire, quant à elle, traduit une volonté croissante de la puissance publique de réguler l’activité génératrice de danger, au moins dans son principe, par un appareillage législatif et réglementaire spécifique (loi Bachelot du 30 juillet 2003 pour les risques naturels et technologiques, LOPPSI 1 et 2, REACH…).

 

Cela posé, plusieurs questionnements génériques (et connexes) sont possibles, présentés ici sans ordre de préséance :

  • les modalités de mise en œuvre des actions de prévention : contrôler ou anticiper sur un process dans une usine chimique, veiller à la sécurité du réseau routier en zone de moyenne et haute montagne ou assurer la sécurité d’un réseau de transport public urbain, constituent des ensembles complexes d’actions qui mettent en jeu un grand nombre d’acteurs en partie dépendants les uns des autres, pris séparément dans des contraintes qui leur sont propres (contraintes réglementaires, financières, pratiques, professionnelles, médiatiques…). L’analyse de ces situations, qui apparaissent rarement en pleine lumière, constitue un travail de recherche en soi ; elle s’inscrit dans le prolongement de problématiques qui se sont intéressées au travail, aux organisations, à l’action publique et aux acteurs locaux, ou encore aux rapports de force qui structurent en partie ces systèmes d’action complexes ;
  • les modalités de construction sociale des problématiques de risque et de sécurité : un déplacement dans l’espace ou dans le temps montre que les modalités de la gestion des risques et de la sécurité varient considérablement selon les contextes sociaux, culturels et temporels. De même, selon que l’on soit préfet ou simple riverain (par exemple dans le cas d’une inondation), appréhender un même danger relève d’un exercice fondamentalement différent. La notion même de risque est une catégorie technique particulière, issue du monde de l’assurance avant de gagner la sphère technico-administrative : elle n’a donc pas une valeur universelle. Les recherches menées selon cette perspective s’intéressent davantage à la sociogenèse des actions et des représentations associées, avec un minimum de profondeur temporelle. Elles rejoignent les problématiques qui se sont intéressées à la genèse des politiques publiques, à l’activité scientifique, technique ou d’expertise, ou encore à la dynamique des représentations, individuelles ou collectives ;
  • les contextes étudiés comportent le plus souvent une dimension locale ou spatiale. L’analyse de la « fabrique » des périmètres réglementaires (PPRN, PPRI, PPRT…), abordée comme résultat provisoire d’un processus de négociation complexe, révèle l’importance des acteurs locaux. De même, les dispositifs spatiaux mis en œuvre dans le cadre de la « prévention situationnelle » expriment l’importance quasi sitologique des lieux. Il est donc possible d’éclairer autrement, voire de renouveler les problématiques qui portent sur les notions classiques d’espace et de territoire, notamment.

Chercheurs concernés : E. Charmes, T. Coanus, F. Duchêne, F. Lafaye, E. Martinais, A. Purenne. Doctorants : B. Benbouzid, F. Girin, R. Le Noan.