Journée de l’ingénierie 2026 : mobiliser les ingénieur·es pour penser les défis de demain
The 31/03/2026Le 23 mars 2026, s’est tenue la deuxième édition de la Journée de l’Ingénierie, organisée par le Collège d’Ingénierie. Cet événement annuel a rassemblé un large public du monde académique et socio-économique, des étudiantes et étudiants, des lycéennes et lycéens autour d’un objectif commun : interroger le rôle de l’ingénierie face aux limites écologiques de la planète. Une journée rythmée par quatre tables rondes et des ateliers de médiation scientifique pour fédérer autour des expertises académiques et industrielles et accompagner les grandes transitions contemporaines.
/// Un espace de dialogue entre acteurs, secteurs et générations
Tout au long de la journée, tables rondes et ateliers ont favorisé les échanges entre mondes académique, industriel et institutionnel. « C’est une journée à l’image de la Région », ouvre Mohammed BENLAHSEN, recteur délégué pour l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes. « Un triptyque qui réunit, une rencontre entre les faiseurs, une région et l’État. » Les discussions ont mis en lumière une conviction partagée : les défis environnementaux et sociétaux ne peuvent être relevés sans une transformation profonde des pratiques d’ingénierie.
Les thématiques abordées, de la neutralité carbone à la gestion des ressources naturelles, en passant par les enjeux éthiques de l’intelligence artificielle, ont illustré la diversité des responsabilités portées aujourd’hui par les ingénieur·es. Une ouverture intéressante sur ces sujets proposée à près de 20 classes de lycée, soit 160 élèves présents.
/// Coopérer pour transformer : une ingénierie au cœur des transitions
Plusieurs interventions ont insisté sur la nécessité de dépasser une approche strictement technologique pour intégrer des dimensions économiques, sociales et politiques. Les femmes et les hommes ingénieurs ne conçoivent pas seulement des solutions, il deviennent acteurs de compromis et de changements, médiateurs et stratèges dans des systèmes complexes, capable d’agir au cœur des décisions stratégiques des organisations et des territoires.
Aujourd’hui, les entreprises ne se posent plus la question, « c’est évident, on va faire un projet de qualité, on n’a plus le choix », souligne Carole DESNOST, directrice technologies, innovation et projets du groupe SNCF, tout en gardant en tête que pour accompagner les acteurs pour faire les choses correctement, « il ne faut pas aller trop vite » dans les remises en cause de nos industries.
Au-delà des constats, la Journée de l’ingénierie 2026 a mis en avant des pistes d’action concrètes : développement de stratégies collectives, intégrer les contraintes environnementales dès l’amont des projets, ancrage territorial des projets, arbitrer entre des enjeux parfois contradictoires (sobriété, performance, acceptabilité), ou encore renforcement des coopérations entre acteurs publics et privés, à différentes échelles.
En clôture, Cyril DION est venu élargir la perspective. Grand témoin de cette édition, il a apporté un éclairage complémentaire en rappelant que plusieurs limites planétaires sont déjà dépassées, il a appelé à un véritable changement de cap. Il demande de repenser les modèles de développement face au dépassement des limites planétaires, en articulant action climatique, adaptation et régénération des écosystèmes, conditions indispensables pour engager des transformations à la hauteur des enjeux.
/// Former autrement : vers une ingénierie engagée et systémique
Pour Cécile RENOUARD (présidente Campus de la transition et directrice scientifique, CODEV de l’ESSEC Business School & professeure, Facultés Loyola Paris) le « S » de RSE se doit d’être « systémique, c’est-à-dire une responsabilité sociétale, financière, politique et environnementale ». Tous et toutes se rejoignent sur le fait qu’il faut intégrer ces dimensions dans nos sociétés et entreprises.
Les échanges ont également souligné l’importance de faire évoluer les formations. L’ingénieur·e ne peut plus être uniquement un·e expert·e technique, il/elle devient acteur et actrice de transformation. Pour Michel KAHAN, président de Synec-Ingénierie, il est impératif d’en faire des « ingénieur-citoyens ». En effet, face à l’urgence climatique et aux limites planétaires, il apparaît indispensable de former des ingénieurs capables de raisonner en cycle de vie et en impacts globaux, d’intégrer les contraintes environnementales dès la conception, de dialoguer avec une variété d'acteurs et d'actrices, et de questionner les finalités mêmes des projets techniques.
La médiation scientifique, largement mise en avant dans cette édition, constitue à ce titre un levier clé : rendre les enjeux compréhensibles et partager les connaissances sont désormais des compétences essentielles.
/// Sobriété, ressources et responsabilité : des lignes de tension structurantes
Parmi les sujets marquants, la question des ressources, en particulier de l’eau, a illustré les tensions croissantes entre usages, territoires et modèles de développement.
À la suite d’une prise de conscience lors des étés 2022 et 2023, il a par exemple été évoqué qu’il devient nécessaire de trouver des solutions pour stocker l’eau en hiver pour nourrir les besoins en été. Laurence BORIE BANCEL, présidente du directoire, Compagnie nationale du Rhône, indique que « le Rhône a 3 mille mégawatts de capacité en temps normal et n’en avait que 300 de disponibles ces étés-là ». Il a également été question que pour avoir « une économie plus indépendante, il est important de passer par la décarbonation », dit Amélie COANTIC, directrice adjointe au Commissariat général au développement durable, « 99% des énergies fossiles consommées en Europe viennent de la Russie », par exemple.
Ces interventions ont rappelé que les réponses ne peuvent être uniquement techniques : elles impliquent des arbitrages collectifs et des changements de pratiques. « La contrainte va nous aider à être plus malins », souligne Carine DE BOISSEZON (directrice de la direction Impact chez EDF).
De même, les discussions autour du numérique et de l’intelligence artificielle ont mis en évidence la nécessité de fixer des limites : limites énergétiques, limites éthiques, mais aussi limites d’usage. L’ingénierie est ainsi invitée à contribuer à un numérique plus sobre et plus transparent.
/// Une ingénierie de liens en transition
La Journée de l’Ingénierie s’inscrit pleinement dans l’ambition du Collège d’Ingénierie : former et mobiliser des femmes et des hommes ingénieurs capables d’agir sur trois enjeux sociétaux majeurs : la transition vers une économie circulaire, la décarbonation de l’industrie et des usages, le développement d’une société numérique responsable. Il est aujourd’hui une priorité de « développer les racines profondes de notre territoire », selon Catherine STARON, vice-présidente de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, déléguée aux lycées, à l’enseignement supérieur, à la recherche et à l’innovation.
Ces priorités ont structuré l’ensemble des échanges de la journée selon un triptyque fondateur : réutiliser, réinventer, régénérer.
Cette deuxième édition de la Journée de l’ingénierie confirme la nécessité d’un dialogue ouvert entre monde académique, entreprises, institutions et société civile. En favorisant la mise en débat et la confrontation des points de vue, elle contribue à faire émerger des réponses à la hauteur des défis. Plus que jamais, l’ingénierie apparaît comme un levier essentiel pour accompagner les transitions en cours. À travers cet événement, le Collège d’Ingénierie réaffirme son engagement à former des ingénieur·es capables de comprendre la complexité du monde et d’agir de manière responsable, au service de l’intérêt général.